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Allocation doctorale pour réaliser un projet : "Biodiversité et biosécurité dans la gouvernance des îles australes" (H/F)

Cette offre est disponible dans les langues suivantes :
Français - Anglais

Date Limite Candidature : jeudi 29 juillet 2021

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Informations générales

Référence : UMR7130-FREKEC2-001
Lieu de travail : PARIS 05
Date de publication : jeudi 8 juillet 2021
Nom du responsable scientifique : Frédéric Keck, Directeur de recherche, CNRS.
Type de contrat : CDD Doctorant/Contrat doctoral
Durée du contrat : 36 mois
Date de début de la thèse : 1 septembre 2021
Quotité de travail : Temps complet
Rémunération : 2 135,00 € brut mensuel

Description du sujet de thèse

Les recherches sur les zoonoses ont montré la nécessité de contrôler la circulation des pathogènes dans les réservoirs animaux pour limiter leurs effets sanitaires lorsqu'ils franchissent les barrières d'espèces. Des sentinelles ont été disposées aux frontières de ces réservoirs animaux pour lancer des signaux d'alerte en cas de franchissement (Keck et Lakoff 2013). La notion de sentinelle désigne à la fois une espèce particulièrement sensible sur laquelle les traces des pathogènes peuvent être détectées et un territoire dans lequel, pour des raisons géopolitiques, la surveillance est pratiquée de manière régulière.
Des espèces animales comme les oiseaux sauvages, les chauve-souris ou les primates ont ainsi été étudiées comme des sentinelles pour les virus de grippe, les coronavirus ou les virus de fièvre hémorragique. Des territoires ont été également constitués en sentinelles lorsque des laboratoires ont été construits à Hong Kong, au Gabon ou à Atlanta pour collecter et étudier la diversité de ces pathogènes (Etheridge1992). En retraçant l'histoire de ces territoires, on comprend comment certaines espèces animales ont été valorisées pour anticiper des catastrophes qui vont affecter les humains, du fait de la densité des relations entre les humains et ces animaux considérées comme des facteurs de risque.
Mais comment comprendre que des espèces animales soient surveillées dans des territoires où il n'y a pas de risque de transmission aux humains ? Dans les îles australes françaises, les oiseaux marins (albatros, labbes, gorfous) sont menacés par des espèces invasives, comme les rats et les humains venus par bateau. Le suivi des pathogènes, comme la bactérie de choléra aviaire ou les bactéries résistantes aux antibiotiques, oblige à concevoir des zoonoses inversées, c'est-à-dire transmises par les humains ou par leurs commensaux aux autres espèces animales. Comment, dans ces conditions, s'organise le travail de surveillance des espèces sentinelles dans des territoires qui sont eux-mêmes considérés comme des sentinelles ? Comment se construit la valeur scientifique et politique des recherches menées dans ces terres éloignées ?

Objectifs interdisciplinaires

Les recherches menées sur l'écologie des maladies infectieuses dans les îles australes doivent justifier d'un point de vue éthique et politique la surveillance menée sur ces territoires. Les îles de Kerguelen, Crozet, St Paul et Amsterdam forment depuis 2006 la réserve naturelle nationale des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et une zone atelier pour le CNRS (ZATA), constituant ainsi la sixième aire marine protégée au monde. Dans le cadre des engagements pris par la France lors de la COP21, cette zone est étudiée comme un écosystème particulièrement vulnérable au changement climatique, notamment à travers la pose d'antennes GPS sur les espèces marines. Le problème est donc de déterminer comment les scientifiques peuvent connaître cet écosystème sans trop le modifier.
Une gouvernance spécifique s'est construite pour les TAAF avec un préfet contrôlant l'exploitation des ressources naturelles. Depuis la disparition de la chasse à la baleine et au phoque ou de l'élevage de saumons, les pêches autorisée portent majoritairement sur les langoustes à Amsterdam et la légine australe à Kerguélen et Crozet. Le préfet s'appuie sur le conseil consultatif de la Zone Economique Exclusive et sur le comité de l'environnement polaire pour autoriser les recherches scientifiques effectuant des prélèvements sur l'écosystème marin.
Ce projet vise à éclairer les décisions prises par cette gouvernance à partir de deux normes apparemment contradictoires : la biodiversité et la biosécurité. La première valorise la richesse interspécifique d'un territoire en y voyant une protection naturelle contre les menaces sanitaires. La seconde vise à contrôler la circulation des organismes vivants pour éviter la diffusion de pathogènes. En l'absence d'éco-tourisme qui permette de valoriser la biodiversité comme une ressource patrimoniale et esthétique, les terres australes sont conservées comme un équilibre écologique dont la perturbation permet de modéliser des changements environnementaux dans d'autres écosystèmes. Il faut donc contrôler les conditions de biosécurité dans lesquelles cet écosystème est perturbé par les scientifiques qui l'étudient. Ce contrôle est possible dans des territoires où les revendications de souveraineté sont des motivations importantes pour l'attribution de zones protégées.
Les recherches anthropologiques sur les terres polaires ont jusque là porté sur l'espace arctique dans lequel sont menées des études sur les peuples autochtones et leur résilience aux changements environnementaux, sur les simulations d'événements météorologiques extrêmes ou sur les banques de graines et les centre de données conservées dans le froid. Mais il n'y a pas à notre connaissance de recherches anthropologiques menées dans les terres antarctiques du fait de la faible présence anthropique, alors que des problèmes de gouvernementalité du vivant s'y posent de façon singulière. Ce projet vise à combler ce manque en utilisant le concept de sentinelle, déjà forgé pour d'autres territoires de surveillance écologique, afin de comprendre comment sont rendues compatibles les normes de biodiversité et de biosécurité. Le concept de sentinelle permet de lever le défi d'une recherche anthropologique sur des terres peu anthropisées, car il permet de décrire les normes qui s'y construisent dans les relations entre humains et non-humains.

Méthodologie

La méthode ethnographique sera utilisée pour suivre les scientifiques dans la préparation et la réalisation de leurs études écologiques dans les terres australes. Il s'agira de comprendre les normes par lesquelles les humains organisent leurs relations avec les animaux dans des conditions environnementales extrêmes.
Les documents administratifs produits par la collectivité ultra-marine des TAAF seront étudiés et leurs auteurs interrogés au Ministère de l'Outre-Mer. La gouvernance des îles australes françaises sera ainsi décrite par comparaison avec d'autres territoires d'outre-mer où les humains sont présents à titre d'habitants et non seulement d'observateurs. Les modes de présence des humains et de perturbation de l'environnement seront étudiés à travers les mesures de biosécurité prises au quotidien pour éviter la diffusion de pathogènes ou de polluants. Il s'agira de comprendre en quoi l'observation scientifique est une forme d'occupation de l'espace qui nécessite sa propre régulation.
Deux projets de recherche seront particulièrement suivis. Le premier vise à étudier les gènes d'antibiorésistance par des prélèvements sur des oiseaux marins (notamment albatros). Le second vise à éradiquer la population de rats sur l'île d'Amsterdam pour en observer les effets sur la transmission du choléra aviaire. Si certaines espèces de charognards jouent un rôle dans cette transmission, les rats, en consommant les poussins dans les nids, sont également un facteur d'amplification de la maladie du fait de leur nombre croissant. Il s'agira alors de décrire les relations entre les espèces animales telles qu'elles sont conçues dans ces programmes de surveillance et d'intervention, la façon dont elles contribuent à renforcer la biodiversité et les mesures de biosécurité dont elles s'accompagnent. Dans une perspective d'anthropologie de la nature, le microbe sera conçu comme un médiateur pour les relations entre espèces.
Une recherche sera également menée au retour de la mission de terrain sur la perception de ces recherches par le public. Les méthodes utilisées dans les îles australes pour étudier la biodiversité et préserver la biosécurité seront présentées dans des focus groups de façon à interroger un échantillon de citoyens français membres d'associations environnementales sur la présence de la France dans ces territoires éloignés. Il s'agira ainsi d'étudier les relations entre la métropole et l'outre-mer dans un contexte post-colonial de recherche globalisée en les comparant aux formes coloniales de valorisation du territoire. Seront également interrogées dans ces focus groups les normes éthiques qui justifient l'éradication de certaines espèces animales – les rats - pour en protéger d'autres – les oiseaux marins.
Cette recherche anthropologique fournira aux études écologiques menées dans les îles australes des arguments pour valoriser leurs résultats. Elle constituera un terrain d'expérimentation pour d'autres enquêtes ethnographiques menées en terres australes.

Contexte de travail

Cette thèse s'inscrit dans une collaboration entre l'Institut National des Sciences Humaines et l'Institut National de l'Environnement du CNRS soutenue par la MITI du CNRS – APP 80 Prime.
Le Laboratoire d'anthropologie sociale est une unité mixte de recherche du CNRS hébergée au Collège de France et rattachée à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il mène des enquêtes comparatives sur les relations entre les sociétés humaines et leur environnement en étant attentif aux formes de connaissance produites dans ces interactions. Il dispose d'une bibliothèque et d'un service d'archives.
Le candidat ou la candidate retenu(e) s'inscrira en doctorat à l'EHESS, sous la direction de Frédéric Keck, directeur de recherche au CNRS, et et intégrera l'École doctorale 286 , Mention "Savoirs en société". Il ou elle intégrera l'équipe "Relations hommes/animaux : questions contemporaines" dirigée par Carole Ferret et Frédéric Keck et collaborera avec Thierry Boulinier au Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE, UMR 5175), à l'Université de Montpellier.

Contraintes et risques

La thèse implique de faire une enquête de terrain de plusieurs mois dans les terres australes françaises en respectant les mesures de biosécurité permettant de ne pas y introduire de micro-organismes.

Informations complémentaires

Le ou la candidat.e devra avoir une solide formation scientifique en SHS ou en sciences de la nature, et une authentique volonté de s'engager dans une réflexion collective interdisciplinaire. À partir de ses domaines d'expertise, le ou la candidat.e sera capable d'articuler l'analyse de données empiriques avec une réflexion théorique sur les rapports entre biosécurité et biodiversité.
Le dossier de candidature devra comporter un CV (incluant la copie d'une attestation de Master) et un projet de thèse.

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