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Contrat doctoral en sociologie. « Experts et usages de la psychologie dans la fabrique des sportifs d'élite » H/F

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Français - Anglais

Date Limite Candidature : lundi 17 mai 2021

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Informations générales

Référence : UMR6025-CORDEL0-001
Lieu de travail : NANTES
Date de publication : lundi 26 avril 2021
Nom du responsable scientifique : Delmas Corinne
Type de contrat : CDD Doctorant/Contrat doctoral
Durée du contrat : 36 mois
Date de début de la thèse : 1 octobre 2021
Quotité de travail : Temps complet
Rémunération : 2 135,00 € brut mensuel

Description du sujet de thèse

Si la sociologie du sport a permis de montrer combien la physiologie des « corps bien faits » ne suffisait pas à elle seule pour penser la fabrique des élites corporelles (dont les trajectoires apparaissent socialement déterminées), les travaux et enquêtes ne se sont jusqu'à présent que peu emparés de la dimension « mentale » de la performance. Objet insaisissable de prime abord, plusieurs indices laissent à penser que la sociologie aurait pourtant matière à y trouver intérêt en ciblant les expertises psychologiques et leurs usages.
Dans une enquête réalisée sur « les conditions de préparation des sportifs sélectionnés pour les Jeux Olympiques de Rio (2016) », deux tiers des sportifs français interrogés déclaraient recourir aux services d'un « préparateur mental ». Ces préparateurs échappent largement au cadre fédéral et sont recrutés par les sportifs, les clubs ou les centres spécialisés d'entraînement sous des statuts divers, ce qui ne manque pas d'interroger la réalité des pratiques qu'une telle occupation recouvre. Qui sont donc ces « nouveaux experts » (des psychologues, des professionnels de l'hypnose, des entraîneurs formés à la question, d'anciens sportifs auto-proclamés, etc.) et comment sont-ils recrutés ? Quelles sont les conditions de fabrication puis d'installation de cette occupation ? Comment travaillent-ils et plus largement comment travaille-t-on « le mental » lorsqu'il s'agit de le préparer à la performance ? Sur quels types de savoirs font-ils reposer leurs pratiques et leur autorité ?
Depuis 2006, le suivi réglementaire des sportifs de haut niveau prévoit la réalisation annuelle d'un bilan psychologique obligatoire, qui vise « à dépister des difficultés psychopathologiques pouvant être liées à la pratique sportive intensive ». De telles dispositions rappellent que le sport d'élite est un travail, et que les conditions de travail, quand bien même elles seraient spécifiques, peuvent être sources de souffrances. Les questions de fatigues psychologiques, d'épuisement, de dépressions nerveuses, sont finalement peu posées, ou, lorsque c'est le cas, elles sont pensées sur le mode de la fragilité individuelle, et rarement comme résultant du travail sportif. L'étude des usures psychologiques liées au travail sportif intense permettrait pourtant d'ouvrir un champ de questionnement peu exploré. À partir de quand le travail physique devient source de « souffrance mentale » ? Dans quelles conditions sociales et sportives cette souffrance peut-elle prendre les traits d'un problème qu'il convient
de dénoncer, et comment ? Auprès de qui ? Qui sont les professionnels identifiés et sollicités pour avoir compétence dans le suivi et le soin psychologique ? Les préparateurs mentaux évoqués plus tôt sont-ils aussi les « soignants » ? Comment s'organise la répartition des rôles et des tâches, entre le soin des sportifs et l'optimisation de leurs performances ?
En prenant au sérieux l'idée que « le mental du sportif », c'est aussi du corps travaillé par des experts qui engagent des savoirs, des pratiques et des représentations différenciées, ce projet doctoral entend interroger d'une manière originale les collectifs qui oeuvrent à la production des performances sportives. La contribution de cette thèse pourrait être double. Elle permettrait d'abord de décrire, expliquer et comprendre le travail des « experts du mental », qui restent à ce jour méconnus dans leurs trajectoires comme dans leurs pratiques. Elle offrirait ensuite la possibilité, en s'attachant à mesurer les formes variées de réceptions de leurs discours, d'interroger leurs participations dans l'attachement ou le désengagement des athlètes au projet sportif compétitif.
Quatre pistes de travail pourraient être investiguées :
1/ Circonscrire l'espace des professionnels de la préparation mentale et/ou du suivi psychologique des sportifs d'élite.
2/ Réaliser une campagne d'entretiens :
- Auprès de ces professionnels pour penser leurs trajectoires et inscrire leur travail dans des récits de vie.
- Auprès de travailleurs sportifs (dans son acception la plus large) qui font appel à ces professionnels, pour penser les usages spécifiques qu'ils font de ces encadrements et leurs effets potentiels sur l'engagement dans les carrières.
3/ Réaliser un travail d'observation de type ethnographique dans un centre d'entraînement spécialisé afin de comprendre comment s'articulent les différentes logiques de la prise en charge psychologique des sportifs.
4/ Restituer de façon socio-historique le processus de fabrication des représentations, savoirs et pratiques qui sont constitutifs de ces champs d'expertises.

Bibliographie indicative sur le sujet.
Backouche, Isabelle (2008), « Devenir expert », Genèses, vol. 70, no. 1, pp. 2-3.
Bujon, Thomas & Mougeot, Frédéric (2017), Le sport dans la douleur, de l'automédication au mental training, PUG.
Coakley Jay (1992), « Burnout among adolescent athletes: a personal failure or social problem? », Sociology of sport journal, n°9, pp. 271-285.
Collins Harry, Evans Robert (2007), Rethinking Expertise, Chicago/Londres, The University of Chicago Press.
Delalandre Matthieu (2010), « L'expertise scientifique au service de la performance sportive », Terrains et Travaux, 1, n° 17, p. 127-142.
Delmas, Corinne (2011), Sociologie politique de l'expertise, La Découverte.
Demazière Didier et Gadea Charles dir. (2009), Sociologie des groupes professionnels, La Découverte.
Eyal Gil (2019), The Crisis of Expertise, Cambridge, Polity Press.
Fleuriel, Sébastien & Schotté Manuel (2008), Sportifs en danger. La condition des travailleurs sportifs, Editions du Croquant.
Forté, Lucie (2018), « Les effets socialisateurs de la blessure : de l'érosion au renforcement des vocations athlétiques de haut niveau », Sciences sociales et sport, 12(2), 85-111.
Gallmeier, Charles (1987), « Putting on the Game Face: the staging of emotions in professional hockey », Sociology of sport journal, n°4, pp. 347-362.
Garcia, Sandrine (2014), « S'affirmer comme un professionnel compétent ? Les usages de la psychologie dans les crèches parentales par les éducatrices de jeunes enfants », Sociétés contemporaines, vol. 95, no. 3, pp. 55-80.
Guillemain, Hervé (2001), « Déments ou démons ? L'exorcisme face aux sciences psychiques (XIXe - XXe siècles) », Revue d'Histoire de l'Église de France, 87, p. 439-471.
Hochschild, Arlie Russell (2017), Le prix des sentiments. Au coeur du travail émotionnel, La Découverte.
Le Bianic, Thomas (2013), « Une profession balkanisée : les psychologues face à l'Etat en France (1945-1985) », Politix, 2, n° 102, p. 175-207.
Lévèque, Marc (2005), « Aspects éthiques et déontologiques de l'intervention auprès des sportifs », Bulletin de psychologie, vol. numéro 475, no. 1, pp. 91-95.
Rasera, Frédéric (2015), « « T'es payé pour être à disposition de… ». Dans le quotidien de travail de footballeurs professionnels », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 209, no. 4, pp. 86-99.
Ripoll Hubert (2012), Le mental des coachs. Manager la réussite sportive, Paris, Payot.
Roger Anne (2006), « Les résistances au changement dans l'entraînement des lanceurs français », Staps, 71 (1), p. 37-51.
Salman Scarlett (2015), « Le temps des coachs? », Travail et emploi, 3 , n° 143, p. 5 - 3.
Stevens, Hélène (2008). « Quand le psychologique prend le pas sur le social pour comprendre et conduire des changements professionnels », Sociologies pratiques, vol. 17, no. 2, pp. 1-11.
Viaud, Baptiste (2015), « Elle ne vaut pas un caramel ! La place des verdicts médicaux dans l'estimation de la valeur sportive », Actes de la recherche en sciences sociales, 209(4), 56-71.
Viaud, Baptiste & Papin, Bruno (2012), « Temps sportif, santé du champion et logique de l'urgence », Staps, 96-97(2), 9-27.

Contexte de travail

Le/la doctorant.e travaillera à Nantes sous la supervision de la directrice d'unité, Professeure en sociologie (UMR CNRS 6025 CENS, Université de Nantes) et d'un Maître de conférences en STAPS (UMR CNRS 6025 CENS, Université de Nantes).
Il/elle poursuivra sa thèse au sein du Centre nantais de sociologie (CENS, UMR CNRS 6025) et sera rattaché.e à l'Ecole Doctorale Sociétés, Temps, Territoires (ED STT) de l'Université Bretagne Loire.

Contraintes et risques

Néant

Informations complémentaires

Le/la candidat.e devra être titulaire d'un diplôme de master en sociologie ou en STAPS. Le/la candidat.e retenu.e devra avoir manifesté au cours de ses recherches précédentes qu'il/elle sait mobiliser les techniques d'enquête permettant l'objectivation sociologique : observation directe, entretiens et archives. Ses précédents objets de recherche devront au moins avoir touché une des thématiques principales impliquées dans le projet : sociologie des pratiques sportives (et plus particulièrement du sport de haut niveau), de l'expertise, de la santé. Par ses travaux, le/la candidat.e devra manifester une bonne capacité à formuler et conduire un projet de recherche. En outre, il est attendu du ou de la doctorant.e une forte capacité à travailler en autonomie, une qualité rédactionnelle, un dynamisme et une curiosité intellectuelle.

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